Déconfinement : « Ce sera difficile de faire sortir les personnes autistes de leur confort »

D’un côté, la détresse des familles. De l’autre, le confort des autistes dans un monde qui se conformait enfin à eux. À l’heure du déconfinement, ils devront pourtant se faire violence pour retrouver leurs repères. Explications auprès de la psychologue Karin Lafaille, à Brive. 

Pourquoi le confinement était une situation agréable pour les autistes ?  

« Comme Josef Schovanec a dit, pendant le confinement, “c’est le monde qui s’est mis à leur portée. On a inversé les rôles. C’est quelque chose que j’ai ressenti auprès de mes patients, car revenir à la maison, c’est revenir vers leur socle de sécurité. Ce que les personnes autistes n’aiment pas, c’est gérer les transitions. Tous les changements et tout ce qui est nouveau, comme initier une conversation vont être compliqués. Donc, lorsqu’ils vont à l’extérieur, à l’école, au travail, c’est une transition. Ils ont besoin d’installer des routines pour être rassurés. D’accord, là, on leur casse. Mais ils aiment se retrouver dans un endroit confortable où l’environnement ne fait pas que partir et revenir. On n’est plus obligés de supporter les camarades ou les voisins. Ce sera difficile de les faire sortir de leur confort. »

Est-ce difficile pour eux d’appliquer les gestes barrières ? 

« Les enfants d’autisme haut niveau (les cas les moins sévères) ont, en général, vite compris. Vous leur expliquez une fois, ils vont comprendre qu’il faut mettre le masque. Ils auront, en revanche, une certaine rigidité et le porteront tout le temps. Par exemple, vous amenez les enfants chez la tante, vous leur dites à tous de garder deux mètres de distance. Au bout d’une heure, les autres enfants de la famille vont se rapprocher petit à petit. L’autiste, lui, ne va pas oublier ces distanciations… »

Et les autistes de bas niveau (plus sévères) ? 

« Il faudra leur apprendre ! Pendant toute leur vie, on va leur enseigner des séquences : se laver les dents, mettre ses chaussures, etc. On leur apprend de différentes façons, mais cela doit toujours être visuel : par des photos, ou des pictos. On va aussi pouvoir leur apprendre à se laver les mains. On peut utiliser une technique avec du sable ou des paillettes, qui représentent les microbes… « Tu vois, quand tu mets le sable et que tu rinces, ça ne part pas très bien, il faut frotter partout”. Car quand la personne autiste ne comprend pas, il ne le fait pas. Mais globalement il faut tenir compte des particularités de chacun pour pouvoir intégrer une nouvelle routine. Ce sera la galère à faire porter un masque à un autiste qui ne supporte pas être touché. Il faut y aller petit à petit. En disant, par exemple, qu’aujourd’hui, on le met trois minutes en jouant et demain, on essaie quatre. C’est plein de petites stratégies pour leur faire accepter. »

Anne Perriaux a créé des images pédagogiques et cognitives pour accompagner les autistes, enfant ou adulte, dans leur quotidien.

Certains ont-ils des anxiétés à cause du Coronavirus ? 

« Nous sommes déconfinés, mais pas un seul est revenu dans mon cabinet pour l’instant. Ils adorent les visioconférences parce qu’ils n’y a plus de trajets qui sont sensoriellement compliqués à gérer entre la fatigue, le bruit et la lumière. Certains vont me dire qu’ils ont peur du virus. Ces mêmes personnes me disaient qu’ils n’en avaient pas peur, que ça ne leur faisait rien quand ils étaient chez eux. Mais maintenant qu’ils doivent sortir, certains y pensent. Quand les ados ou adultes m’en parlent c’est, selon moi, un comportement d’évitement. Les plus petits n’ont pas ce problème, ils écoutent papa et maman et sont plus flexibles. »

Comment remettre des routines en place ? 

« Ce que je conseille tout d’abord, c’est de bien se rappeler comment fonctionne son enfant. Car on a tendance à oublier et penser que notre enfant a évolué. Il y a des choses qu’il ne fait plus ou on n’a plus besoin de lui expliquer, et on va penser que c’est acquis. Mais ce n’est pas toujours le cas… Vous savez par exemple que votre enfant retourne dans quinze jours à l’école. Si vous lui annoncez la veille, ça va être l’horreur, la crise. Il faut le préparer suffisamment à l’avance, lui refaire faire ses routines, le recaler au niveau du sommeil et réintégrer de manière générale tout ce qui avait disparu. Il faudra lui mettre un calendrier  visuel : “Là, il reste cinq dodos avant l’école”. Car l’autiste a la particularité de ne pas gérer son temps. Il peut rester des heures sur un centre d’intérêt et puis parfois, il va être lassé au bout de cinq minutes en ayant l’impression que ça fait trois heures. Le tout est de les préparer et se dire que la routine est quelque chose qui va les rassurer. »

Tiphaine Sirieix
Photo : Frédéric Lherpinière

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